Peut-on faire confiance aux Youtubeurs scientifiques ?

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Vled Tapas et Acermendax, présentateurs de la chaîne de zététique La Tronche En Biais.

Depuis 2011, Youtube joue un rôle croissant dans la culture scientifique francophone. Ce canal de vulgarisation, ouvert à tous, laisse entrevoir de fait un risque majeur de crédibilité scientifique : le contenu est produit aussi bien par des experts que par des amateurs. Alors, peut-on croire leurs propos ? Petit guide pour déterminer la fiabilité d’une vidéo.

58 millions : c’est le nombre de vues cumulées que comptabilisent les trois papes de la vulgarisation scientifique sur Youtube – Bruce Benamran (e-penser), Léo Grasset (Dirtybiology) et Patrick Baud (Axolot) – au 3 février 2016. Physique quantique, évolution, mathématiques : les vidéastes ne reculent devant rien. Pas même les sciences dures, souvent ardues. Et la mayonnaise prend ! Ces superpédagogues du XXIe siècle ont même fait des émules : à ce jour, plus de 70 chaînes scientifiques ont déjà fleuri sur la Toile.

Démocratiser l’accès aux sciences

Youtube s’inscrit dans un élan de démocratisation de l’accès aux sciences. Petite révolution : les passeurs du savoir ne sont plus (uniquement) des académiciens, mais des gens comme vous et moi ! De fait, un danger guette : l’inexactitude, l’erreur voire le mensonge que peuvent véhiculer ces vidéos. Comment l’audience peut-elle se prémunir contre ce risque ? Faut-il accorder sa confiance aux vidéastes scientifiques ?

Avoir confiance ? Oui, je pense. Comme à la télévision. C’est-à-dire sans excès.

Acermendax, vidéaste scientifique

Ils sont chercheurs, profs, médiateurs scientifiques, étudiants. Donc compétents pour nous parler de sciences ? Le crédit accordé au vidéaste doit-il dépendre de ses diplômes ? Un contre-exemple : Aurélien, 14 ans, alimente la chaîne de vulgarisation Motorsport Gigantoraptor depuis 2013. Des experts le félicitent régulièrement pour la véracité scientifique de ses vidéos.

A l’inverse, « érigés en tant qu’experts, les académiciens ne sont pas à l’abri de l’erreur, souligne Pierre Kerner, fondateur du collectif de vidéastes scientifiques Vidéosciences. Parfois, la pratique saine des Youtubeurs départ assez visiblement de l’arrogance de certains scientifiques ‘experts’. »

Souci de la transparence

Pour Pierre Kerner, la caution de crédibilité des auteurs doit résider non pas dans leur CV, mais dans « le souci systématique de la transparence sur la manière dont on s’est assuré qu’on ne transmet pas de choses erronées ». Première étape : joindre ses sources à chaque vidéo. Au sein de Vidéosciences, elles sont souvent variées : contenu de cours, ouvrages, sites internet… et même des publications scientifiques. C’est notamment le cas de Léo Grasset (Dirtybiology), David Louapre (Science Etonnante), Vled Tapas et Acermendax (La Tronche En Biais). « Après rédaction, on demande un avis éclairé à des personnes travaillant dans ces domaines, ajoute ce dernier. On a autour de nous des gens très compétents qui nous donnent un retour critique. »

Chasse à l’erreur

Le retour critique, c’est justement le but d’un dispositif mis en place par Pierre Kerner dans cette chasse à l’erreur. Depuis avril 2015, les membres de Vidéosciences peuvent soumettre leurs scripts à des groupes thématiques d’experts et d’amateurs éclairés. Baptisée peervideoing, cette pratique est calquée sur la méthode de peer reviewing utilisée dans le monde de la recherche scientifique. L’initiative, saluée par ses principaux bénéficiaires, est aussi de mise dans la sphère voisine des blogs (peerblogging).

Freiner l’essor des pseudosciences

« Le peer reviewing va devenir indispensable avec la multiplication des vidéastes, estime Acermendax. Nous allons avoir besoin qu’existe une plateforme de référence pour que les gens qui débarquent sur le net aient quelques repères dans le paysage. » Pour freiner l’essor des pseudosciences, qui va bon train sur le web.

Ces précautions ne garantissent pas pour autant la véracité d’une vidéo, quel qu’en soit son auteur : personne n’est à l’abri d’une erreur. Prudence, donc. « Avantage d’Internet, note Acermendax, les commentaires sont là pour se faire un avis de l’accueil de la vidéo par le public. S’il n’y a pas de polémique, c’est bon signe. Mais s’il y a dans les commentaires un message très poli, bien écrit, qui remet en doute un point précis avec une référence à la clef et avec plein de ‘like’ dessusalors ça vaut le coup de suspendre son jugement et d’enquêter un peu sur ce que la science dit vraiment. »

Sources, peervideoing, commentaires : l’audience dispose d’un panel d’indices pour s’assurer de la crédibilité d’une vidéo. Sans oublier le premier d’entre eux : son propre sens critique.

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Echelle de crédibilité des Youtubeurs scientifiques selon moi-même en personne. (Source : Science de comptoir)

Sources :

• Collectif Vidéosciences
• Entretiens avec Pierre Kerner (fondateur de Vidéosciences), Alexandre Moatti (chercheur, auteur et historien des sciences), Acermendax (La Tronche En Biais), David Louapre (Science Etonnante), Clément Hartmann (Climen), Dimitri Garcia (Bio Logique), Sébastien Carassou (Le Sense of Wonder).
• La Tronche En Biais avec Léo Grasset, « Youtube : média horizontal ? »

Merci à Acermendax et Pierre Kerner de m’avoir accordé un entretien et d’avoir bien voulu relire cet article.
Sciences sur Youtube : retrouvez l’intégralité de notre série (interviews avec divers acteurs de la communication scientifique sur Youtube) en suivant ce lien.

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