Etudier l’environnement en continu pendant un siècle : une première en France

Différents types de sols et endroits où des échantillons ont été prélevés pour le suivi. (Crédit photo: Andra)

Il y a un peu plus d’une semaine, le C@fé des Sciences a été visiter l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), un établissement public indépendant. Vous retrouverez un topo de notre visite sur le blog de Sirtin. Vêtus d’une parure blouse/gilet-fluo/casque-de-chantier/bottes-en-caoutchouc si seyante que Karl Lagerfeld nous aurait jalousés, nous sommes allés dans la charmante bourgade de Bure, quelque part entre la Meuse et la Haute-Marne, plonger en immersion dans le laboratoire troglodyte de l’Andra en sifflotant un Hey Ho de circonstance (celui des sept nains, pas des Lumineers).

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Petits « live sketchs » réalisés pendant la visite : à gauche la galerie principale, à droite notre guide Eric.

Le creusement est à l’Andra ce que le pompage est aux Shadoks : un travail effectué avec conviction et sans relâche. Voici déjà 1,5 km de galeries qui ont été creusées par les fourmis de l’Andra, 500 mètres sous terre. Leur projet pour le moins ambitieux, Cigéo pour les intimes, consiste à enfouir pour un million d’années et de manière réversible les déchets radioactifs à vie longue dans le sous-sol. Mes camarades du C@fé en ont d’ailleurs causé sur leurs blogs respectifs, la liste des billets concernés dressée et tenue à jour par Sirtin étant consultable sur son blog (merci à lui !).

Parallèlement, s’est monté un projet tout aussi hors norme : l’Observatoire Pérenne de l’Environnement. Son objectif : décrire, suivre et comprendre l’évolution de la nature sur le site d’enfouissement et alentour (900km² répartis sur 82 communes rurales) pour évaluer un éventuel impact de ce stockage sur l’environnement. Le tout s’étendra sur un siècle, durée d’exploitation du centre d’enfouissement. Tout est passé au crible : l’eau, l’atmosphère, les sols, les forêts, les champs, la faune, la flore, y compris des produits issus de l’agriculture et l’élevage comme le lait, le fromage et le maïs. On y fait des mesures (dont le taux de radioactivité) et des prélèvements en pagaille, on range soigneusement les échantillons dans les étagères de l’Ecothèque pour plus tard ; capacité totale du frigo : 6 tonnes d’échantillons, ça en fait des gratins de restes !

Une tour à flux. Oui oui, tour à flux, comme ça se prononce. (Crédit photo: Andra)

Ces données sont récoltées d’une foule de manières différentes : télédétection par satellite, échantillonnage sur le terrain, mesures physicochimiques et radiologiques, le projet comprend même un site expérimental agricole à Osne-le-Val (Haute-Marne). Les chercheurs disposent aussi d’une tour à flux  : au sommet d’un pylône de 45 mètres de hauteur, une armée de capteurs mesure les flux entrants et sortants de l’écosystème sous-jacent, ainsi que leur direction ; vers le haut = émission ; vers le bas = réception. Elle est notamment capable de mesurer la quantité de CO2, d’eau et de rayonnement émis ou reçu par une forêt ! Ce qui a tout à fait son importance pour le calcul de bilans énergétiques entre sols, atmosphère et végétation et plus généralement pour l’étude des cycles des éléments.

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Biodiversité des moutons à côté de notre resto. Cette photo n’a aucun rapport avec l’article, mais je la trouvais sympa. (Crédit photo: Theultimategibbon)

Ce sont ainsi 85000 données qui sont récoltées chaque année. En partenariat avec de nombreux bureaux d’études et labos de recherche comme le CNRS, l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique), l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) et le Muséum National d’Histoire Naturelle, ces données sont d’ores et déjà exploitées dans des recherches axées sur quatre thèmes : la Biogéochimie (comme l’étude des éléments traces ou des cycles des éléments), la Biodiversité (par exemple l’interaction des écosystèmes et de l’Homme, les services que la nature nous rend…), les Capteurs (notamment la surveillance de l’état des écosystèmes et le suivi des polluants), et enfin les Dynamiques du territoire (entre autres les mutations socio-économiques, l’évolution des activités agricoles et leur impact sur l’environnement).

Un siècle, c’est long et inédit pour ce genre d’étude : grâce à cet Observatoire, les scientifiques seront peut-être en mesure d’évaluer les conséquences environnementales du stockage de déchets radioactifs, mais aussi celles des changements d’usage des terres ou l’impact d’autres facteurs insoupçonnés. C’est aussi totalement par hasard que Charles David Keeling, célèbre géochimiste océanographe et prix Nobel de la Paix, avait découvert en 1961 l’augmentation du CO2 atmosphérique causée par le réchauffement climatique, alors qu’il étudiait les variations saisonnières du CO2 dans l’atmosphère. Bref, avec une telle base de données, c’est Noël avant l’heure pour les chercheurs d’aujourd’hui, leurs enfants et petits-enfants chercheurs !

Exemple de mesures effectuées dans le cadre d’études biogéochimiques, le tout présenté dans un cercle pas très rond. (Crédit: Andra)

Allez donc voir ailleurs (si j’y suis) :

Sources :

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