Les interactions biotiques

Cher lecteur, si on considère ton quartier comme un écosystème, on peut le séparer en 2 parties : d’un côté tout ce qui est inerte, donc pas vivant (abiotique : les trottoirs, les maisons, les voitures, l’air pur de la ville) et de l’autre le vivant (le biotique : toi, la voisine et son yorkshire fraîchement toiletté, la boulangère qui vend des petits pains au chocolayayayayay… ).

 Dans un écosystème, les différentes espèces peuvent échanger ou non des choses, s’aimer plus ou moins. Ces interactions peuvent être de différents types selon l’effet d’une espèce sur l’autre. Tu as hâte de passer en revue ces interactions, alors n’attendons plus !

interactionsbiotiquesLes interactions biotiques pour tous : 7 catégories que nous allons voir (0 : pas d’effet ; – : nuisance ; + : bénéfice). Ce tableau récapitulatif te permettra aussi de régler les couleurs de ton écran ; ne me remercie pas, c’est cadeau.

Neutralisme

C’est l’interaction suisse : elle n’a d’effet sur aucune des deux espèces.

Compétition

Samedi soir, ton voisin a décidé de faire une petite fête sans daigner t’inviter. Passé minuit, David Guetta commence à t’agacer très sérieusement. Appeler la police ? Que nenni, tu t’es toujours fait justice toi-même. Allume donc ta chaîne hifi pour faire crier Amon Amarth.

Le voisin comprend ton petit jeu et monte le son, tu fais de même. En bout de course, vous êtes tous les deux sourds et espérez que David Guetta n’aura jamais l’idée de faire un featuring avec un groupe de métal ; ces deux styles se marient décidément très mal. Moralité : la compétition a un effet négatif sur les deux partis. Elle intervient par exemple entre deux plantes dans un même pot de fleurs, qui vont faire la course pour avoir le plus de lumière et le plus d’espace dans la terre (afin d’avoir accès au plus de nutriments possible).

Prédation, parasitisme

La prédation : en voiture, tu viens de rouler sur une bosse touffue qui s’est mise à couiner. Une fois descendu, tes soupçons se confirment. Pour que Rica III, le Yorkshire tant aimé de ta vieille voisine ne soit pas mort en vain, tu décides de l’emporter religieusement avec toi et d’en faire un civet pour le repas du dimanche (pour apprendre à ta belle-mère à s’inviter chez toi). Belle-mère qui joue ici le rôle de parasite, au même titre que Dracula. Moralité, prédation et parasitisme sont tous deux bénéfiques à l’un des deux partis, mais nuisibles pour l’autre.

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Tu as raison, Squalelet féroce, je vais rectifier ça tout de suite en illustrant le parasitisme.

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Mon ami Isistius brasiliensis est un petit requin (environ 50 cm de long), terriblement photogénique, qui mange à peu près tout ce qui passe, des poissons aux baleines en passant par les calamars et les dauphins. Dès qu’il repère une proie, il se fixe à elle avec la bouche par un phénomène de succion. Il remonte ensuite sa mâchoire inférieure pleine de dents et croc ! Il repart avec un gros morceau de chair de 5 cm de diamètre et 7 cm de profondeur dans l’estomac, pendant que sa proie souffre le martyr. D’où son nom de requin emporte-pièce en anglais (cookie-cutter shark).

cookie3 Ci-dessus, une baleine à bec de Longman (Indopacetus pacificus) échouée au Japon. Les traces ovales blanches sont des cicatrices de blessures provoquées par des squalelets féroces. (photo T. Yamada)

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Commensalisme

Le commensalisme (du latin co-, et mensa, table : « compagnon de table ») : l’une des deux espèces tire un bénéfice de leur association, alors que ça ne fait ni chaud ni froid à l’autre. Par exemple, quand tu dis machinalement bonjour à ta voisine de palier, amoureuse de toi en cachette, et qu’elle se repasse mentalement cet instant pendant des heures. C’est un peu comme si tu étais son cheval ou son taureau camarguais et qu’elle était ton héron garde-bœuf.

gardeboeuf2Le cheval ne tire aucun bénéfice ni aucune nuisance de la présence du héron garde-bœuf (Bubulcus ibis) qui, quant à lui, se nourrit des mouches et autres insectes présents sur le dos du chibalot.

Amensalisme

L’amensalisme : une des deux espèces cause une nuisance à l’autre, sans pour autant qu’elle n’en tire aucun bénéfice elle-même. Comme celui qui, bloqué dans les embouteillages comme tout le monde, se met à klaxonner. Citons les plantes vertes, qui dégagent de l’oxygène par photosynthèse, lequel est toxique pour un certain type de bactéries dites anaérobies.

Mutualisme

Une de mes interactions préférées. Les deux espèces vont tirer profit de leur association, mais elles peuvent tout de même survivre l’une sans l’autre. Exemple : le mutualisme entre fourmis et cochenilles. Les cochenilles vont se nourrir en plantant une sorte de paille à l’intérieur-même du tronc des arbres pour y puiser directement la sève. Mais petit problème : cette sève est riche en eau et en sucres, et pauvre en acides aminés. Or, elles ont besoin de beaucoup d’acides aminés. Elles vont donc boire beaucoup de sève et excréter toute l’eau et le sucre qui leur est inutile, afin de concentrer les acides aminés. Les fourmis qui, elles, adorent le sucre, vont se précipiter sur ce festin qui leur est offert. En échange, elles vont jouer les gardes du corps des cochenilles : si ces dernières sont attaquées par des envahisseurs, les fourmis iront les défendre. Ces cochenilles sont élevées comme des vaches à lait par les fourmis ; lesquelles peuvent aussi devenir vaches à viande quand elles deviennent trop nombreuses.

fourmis-cochenillesMutualisme fourmis-cochenilles (bon appétit !)

(si vous aimez le mutualisme (et les fourmis), en voilà un autre exemple avec 3 partenaires !)

 

Symbiose

Le meilleur pour la fin… Comme l’avait prédit Joe Dassin, tu as fini par t’acheter des lunettes, tomber follement amoureux de la boulangère et de ses pains au chocolayayayayay, vous voici mariés (dans une boulangerie, quel romantisme) et inséparables. Chacun tire profit de la présence de l’autre, et si l’un venait à partir, l’autre ne survivrait pas. Cette histoire finirait par virer en Roméo et Juliette. C’est beau, c’est émouvant, ça existe aussi dans la nature. Comme l’a dit Bricage à propos de la symbiose, « survivre c’est transformer les inconvénients en avantages et éviter que les avantages deviennent des inconvénients ». Citons par exemple le lichen, union entre une algue unicellulaire (cyanobactérie) et un champignon. Moins glamour que Roméo et Juliette, je vous le concède. Le champignon va accueillir l’algue vagabonde, lui offrir le gîte et le couvert (de l’eau et des sels minéraux). En échange, l’algue va fabriquer du glucose pour les deux « symbiontes » qu’ils sont, ce que le champignon n’est pas capable de faire car il n’est pas doué de photosynthèse. L’un apporte la nappe de pique-nique et le vin, l’autre le saucisson et la salade de riz, et ils vécurent heureux et eurent beaucoup de petits lichens. Juste avant d’être dévorés par des caribous.

lichenlichen (Xanthoria parietina)

 Pour finir, j’ajouterai que parmi toutes ces interactions, prédation, parasitisme et symbiose sont obligatoires (sans quoi l’une ou les deux espèces ne pourraient survivre), les autres ne le sont pas. Sur ce, je vous laisse, il faut que j’aille parasiter mon frigo !

 

Sources

  • D. McKey, maître de conférences
  • Jefferson, Webber, Pitman, 2008, Marine mammals of the world, Academic Press.
  • http://perso.univ-rennes1.fr/anne-marie.cortesero/L1/tppredation08.pdf
  • P. Bricage, Héritage génétique, héritage épigénétique et héritage environnemental: de la bactérie à l’homme, le transformisme, une systémique du vivant. dept Biologie, Faculté des Sciences, Université de Pau, 2002.
  • Wikipédia

 

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