Bilboquet Magazine : le vrai William Charrier derrière les fausses news

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William Charrier est coauteur d’Attaqué par un requin, il réplique au taser et électrocute 812 baigneurs, paru le 15 octobre 2015 aux éditions Hugo Desinge. Ce livre, qui parodie la presse, découle d’un site internet de fausses informations humoristiques : le Bilboquet Magazine. Rencontre avec son cofondateur.

L’œil rieur, l’air avenant, William Charrier est un jeune homme brun de 28 ans qui arbore une barbe de trois jours et des lunettes à monture noire. Son nom ne vous dit peut-être rien ; pourtant, ces gros titres vous sont probablement familiers : « Le Conseil constitutionnel invalide la loi sur le port de la sandale-chaussette », « Playmobil retrouvé mort dans la Saône : la thèse de l’accident privilégiée », « Francis Lalanne cherche toujours une rime en ‘-clan’ pour terminer sa chanson-hommage aux victimes des attentats de Paris ». Ils émanent du Bilboquet Magazine, média web qui revendique son identité de puits de fausses nouvelles à caractère humoristique. William Charrier en est l’un des piliers.

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En avril 2012, jeune diplômé de l’Institut d’Études Politiques (Sciences Po) de Bordeaux, William Charrier s’associe avec Alban Mas Aparisi, son ami et camarade de promotion. Ensemble, ils décident de fonder le Bilboquet Magazine, royaume du second degré. Un troisième acolyte, Matthieu Barrère, rejoindra bientôt cette collaboration prolifique.

Leur devise : « Nous perdons notre temps pour mieux occuper le vôtre. » Le message est clair, le succès immédiat. Avec un autre site bordelais créé simultanément, Le Gorafi, le média s’impose comme précurseur de la fausse information humoristique en France. Ils sont les dignes héritiers de la référence absolue en la matière, le site américain The Onion.

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Page d’accueil du site web du Bilboquet Magazine.

William Charrier affectionne tout particulièrement l’article, écrit par son confrère Alban Mas Aparisi, de l’historien qui retrouve la moustache d’Hitler. « Le personnage est très bien : on découvre au fil de l’histoire qu’en fait, il est nazi et fou et qu’il n’a qu’un plaisir, c’est de découvrir cette moustache. Et quand il l’a enfin trouvée, il la met pour aller acheter son pain chez le boulanger. »

Autre article favori, signé par Matthieu Barrère : « Il tente de se suicider et tue son frère jumeau par erreur ». En légende de la photo de l’arme du crime : « Comble de l’horreur, Maurice Laveine a également utilisé le fusil de son frère au lieu du sien. »

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Nourri aux Monty Python, inconditionnel de Gotlib et de la série télévisée britannique The IT Crowd, « William a toujours su manier l’humour décalé », se rappelle sa tante, Isabelle P. Elle se souvient d’une galerie de fausses unes de tabloïd. Ornant les lieux d’aisance chez les parents de William, celle-ci a été réalisée, entre autres, par ce « prodige des montages photo ». L’un d’eux dévoile l’idylle entre la mère du jeune homme et Dany Brillant.

Mais l’absurdie n’est pas la seule destination que ce Bordelais a visitée. À la fin de ses études, il quitte Bordeaux et ses chocolatines pour son premier poste en chancellerie à Dublin. Puis en 2013, après avoir occupé la fonction de rédacteur droits de l’Homme au ministère des Affaires étrangères à Paris, il met le cap sur le Laos : il sera attaché de presse à l’ambassade de France durant plus de deux ans. En parallèle, il continue d’alimenter le webzine parodique avec ses deux compères et quelques contributeurs occasionnels.

Attaqué par un requin, il réplique au taser et électrocute 812 baigneurs

Le livre du Bilboquet Magazine, sorti le 15 octobre 2015, dans son habitat naturel. (crédit photo : Lorrie D.)
Le livre du Bilboquet Magazine, sorti le 15 octobre 2015, dans son habitat naturel. (crédit photo : Lorrie D.)

En 2014, la vie de William prend un tournant décisif : lui et ses confrères du Bilboquet Magazine sont contactés par un éditeur.

Le livre de la rédaction verra le jour le 15 octobre 2015, à l’issue d’une gestation de 16 mois. « Il a le grammage de son papa, la 4e de couverture de son deuxième papa et la typo de son troisième papa » peut-on lire sur la page Facebook du magazine. L’œil pétillant, William mesure sa chance : « En plus, l’éditeur nous a laissé carte blanche pour le contenu du livre ! »

Ordonnancées à la manière d’un magazine, les 160 pages d’Attaqué par un requin, il réplique au taser et électrocute 812 baigneurs présentent une sélection de véritables faux articles choisis pour leur caractère intemporel. William Charrier a mis du cœur à l’ouvrage, émaillant le tout de contenus exclusifs. L’homme à l’esprit acéré dégaine Photoshop plus vite que son ombre. Des mots mêlés en araméen côtoient un « bon pour une visite gratuite en transpalette de la réserve du Leclerc de Pessac (33) » ou encore un test « Êtes-vous plutôt sucré, salé ou Louis XIV ? ». « On s’est inspiré du livre des Monty Python, à la fois pour la mise en page bordélique et pour les jeux », précise le jeune homme, un sourire en coin. « Notre objectif serait d’en faire un amalgame un peu foutoir qui puisse se lire aux toilettes. »

Et maintenant ?

Un nouveau projet entamé au sein du Bilboquet Magazine enthousiasme déjà William : il nous le dévoile en avant-première. Inspirés par le site américain ClickHole, son confrère Alban Mas Aparisi et lui s’orientent à présent vers un nouveau type de contenu web, encore peu connu en France : « les histoires dont on est le héros ». Le lecteur, par une suite de choix proposés au fil du récit, modifie l’évolution et l’issue du scénario.

Toujours plongée dans un univers absurde, la première histoire en cours d’élaboration s’intitulera « Trouvez la balance » : un Parrain mafieux tout droit sorti d’un Paris glauque des années 1970 doit identifier l’assassin dans son entourage. « On fait des faux trucs avec des tournures de phrases vaguement inspirées d’Audiard, développe William avec entrain. Ça fait toujours plaisir d’écrire des mots comme falzar ! » Également envisagée, une expérience immersive : « Nadine Morano : en route pour l’Élysée. » Prometteur.

Barack likes that. Suite ici (crédits : Bilboquet Magazine)

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